mar 23, 2008
Tenter sa chance
La comptable a préparé le budget des salaires, mais sans remplir - comme il se doit - le tableau des avancements annuels. Elle me transfère le message pour que je l’envoie à Paris, après l’avoir complété. Voilà ce qu’elle m’écrit :
« Veuillez trouver ci-après le projet de mail à envoyer au siège, merci de bien vouloir le contrôler, svp. Pourriez-vous renseigner le nom des personnes bénéficiant de l'avancement 2008 en bas de la fiche (je souhaite que mon nom soit dans la liste, merci bien !) »
En l’occurrence, il s’agit d’une demande ni vraiment atypique, ni particulièrement agressive. Il me semble qu’elle a simplement tenté sa chance !
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mar 09, 2008
Aimer s'entourer de portes-chance
En Chine, des riches bourgeoises se font opérer pour avoir un nez et une bouche « qui portent chance ». Difficile de croire – comme le dit le journaliste français qui rapporte l’information – qu’il s’agisse de « superstition ». La superstition au point de subir une opération?
La « chance » est plutôt l'image qui renvoie à tout ce qui favorise la prospérité. La beauté du corps et l’élégance ne renvoient pas comme chez nous à la noblesse, à la grandeur ou à la grâce, mais plutôt à la chance, à la prospérité et au bonheur.
Ainsi dans tous les cas, certains trouvent une même motivation, puissante, pour accepter les souffrances de la chirurgie esthétique, mais les catégories qui magnifient la pleinitude ou le malheur ne sont pas les mêmes.
Dans les pagodes, on touche les pieds d’une statue pour se frotter ensuite le cou, cela porte chance. Au temple de littérature, on touche la tête des tortues qui portent la liste des diplômés mandarinaux pour porter chance aux examens. Ce qui, en France relèverait de quelques personnes superstitieuses est ici un phénomène social commun.
En ville les boutiques vendent des cartes SIM pour téléphones mobiles avec des numéros de téléphones qui présentent de beaux arrangements de chiffres. Chez nous, ces numéros sont la marque des privilégiés et personnalités. Ici on achète simplement des numéros qui portent chance ! Là où, chez nous, on aime s'entourer de ce qui fait "chic", ici on aime vivre entouré de ce qui porte chance.
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mar 02, 2008
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fév 16, 2008
Notes de lecture
Depuis le Xe siècle, les estampes vietnamiennes populaires accompagnent traditionnellement la vie quotidienne. Elles rythmaient notamment les cérémonies. Selon la tradition ces estampes « portaient chance et prospérité », elles protégeaient, et elles symbolisaient « tantôt des divinités, tantôt un idéal de vertu et des valeurs ».
Autre exemple liant cette fois-ci les bons présages et l’autorité, celui des légendes qui accompagnent les fondations des dynasties.
Lors de la fondation des Ly[1], en 1010, le premier empereur, parvenu aux abords de l’ancienne citadelle chinoise de Dai-La, « vit surgir du ciel un dragon ambré, et considérant celui-ci comme un excellent présage il donna à la ville le nom qu’elle devait conserver durant neuf siècle : Thang-Long, ‘’la ville du dragon qui s’élève’’ (i.e. au sens figuré de la ‘’dynastie qui s’élève’’). » La décision de l’empereur de transférer le pouvoir vers l’ancienne capitale chinoise fut « motivée par une série récurrente de signes fastes » : dragon céleste, cheval ailé, et chiens merveilleux sont comme autant de signes de prospérité et de longévité. Ils visent à « inscrire le destin singulier du premier empereur au creux d’un site légitimé par l’histoire ».
Faisant la comparaison avec l’avènement des Lê au XVe siècle, Ph. Papin souligne la profonde différence de nature qui sépare ces fondations. Au XVe, « la souveraineté impériale est bien assise ». Après sa victoire sur les Ming, l’empereur Lê Thai Tô va plutôt effectuer le « passage de l’autorité fondée sur la figure sacrée du monarque à celle (…) d’un pouvoir assis sur le contrôle des organes de l’Etat administratif. » Ph. Papin souligne aussi « la pauvreté inouïe de la légende (de fondation), sujette à aucun prolongement, dépourvue de toutes résonnances mythiques, n’évoque rien et ne se greffe sur rien, sinon sur des rites monarchiques. » La légende fait de l’empereur « un pauvre pécheur qui, un beau jour de 1418, jeta ses filets dans le lac Hoàn-Kiêm et ramena une magnifique épée. Il y vit un signe du ciel et partit libérer le pays. » La suite est connu…
Différence de nature, certes, mais dans tous les cas la présence des signes du ciel qui indiquent le bon moment et le bon endroit.
[1] Ph. Papin, « La cité Sino-Vietnamienne, quelques réflexions sur le statut et le rôle de Hanoi à l’époque classique », Les cahiers de la coopération française au Vietnam, cahier n°6, 2002, Hanoi.
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fév 10, 2008
Joyeux comme le Têt !
Le Têt serait comme une mise en scène du bonheur social parfait. C’est ''la'' fête entre toutes, à la fois culturelle, religieuse, familiale, nationale et politique[1] : « C’est à la fois Noël, Pâques, le Nouvel an, Thanksgiving et le 14 juillet toutes enveloppées en une seule célébration. […] Le nouvel an produit une abondance de symboles d’intégration. C’est le temps de la visite des ancêtres et où la famille entière se réunit. Le nouvel an doit se célébrer dans chaque famille réunie devant l’autel des ancêtres. […] La nation entière pousse un cri de joie – que chacun adresse aux autres, aux ancêtres et aux dieux faisant résonner des paroles de communion et d’espoir – unifiant le Vietnam comme un seul peuple autour du cœur de sa culture. »
Une fête que l’on prépare pendant tout le mois qui la précède et que l’on attend avec plaisir. Une fête recueillie, avec ses rituels, ses mets spéciaux, ses cadeaux, ses guirlandes dorées et ses arbres de fête – une débauche de kumquatiers en fruits, de pêchers et de pruniers en fleurs remplace nos sapins de Noëls.
Pour le premier jour de l’an, pas de festivités nocturnes. Mais dès le matin les familles se rendent visite, dans une ambiance de recueillement dont on trouve une illustration sous la plume de Florence Nguyen-Rouault[2] :
« Le matin du Têt est bien particulier, la maison est silencieuse à mon réveil, tout le monde descend à 7h30, se salue avec un air que je juge plus sérieux que d’habitude, voire presque recueilli. Tous sont revêtus de vêtements neufs. (…) Je remarque que plusieurs chaises ont été installées dans le salon, soigneusement alignées.
Vers 9 heures, Ky Lam me demande de venir avec le reste de la famille dans le salon. (…) Chacun s’assoit, un siège a été prévu pour moi. Assis dans son fauteuil et arborant un air imposant, Ky Lam prend la parole. Il souhaite nous présenter en ce jour de nouvel an ses vœux ; il fait un petit discours dressant en quelque sorte le bilan de l’année dernière, remercie Dieu[3] d’avoir aidé sa famille, remercie sa femme pour son rôle d’épouse et de mère de famille, remercie aussi son frère. Il souhaite bonne chance et prospérité[4] à la famille. Phuoc Sang, assise également, s’adresse tout d’abord à son mari et lui promet qu’elle continuera à remplir ses devoirs d’épouse et de mère de famille et à maintenir l’unité du foyer. Elle présente ses vœux à son beau-frère et remercie Hai [fille adoptive servant de nounou] pour tout ce qu’elle fait et espère qu’elle demeure dans la famille. Elle se tourne ensuite vers moi, elle me remercie de ma présence, disant me considérer maintenant comme l’un de ses enfants. Enfin, elle souhaite bonheur et bonne santé à ses fils et leur demande de bien travailler dans leurs études, elle étend ses vœux à ses filles absentes. Puis chacun prend la parole à son tour (…). Je remercie également toute la famille pour leur gentillesse et leur hospitalité. Les deux fils promettent d’être sages, obéissants et brillants dans leurs études. (…)
Après l’échange des vœux, les parents distribuent des petites enveloppes rouges où ont été glissés quelques billets, à leurs deux fils et à Hai, je procède à la même distribution, Nam Giao a également prévu des enveloppes pour ses neveux. Les enfants nous remercient les mains jointes tout en reculant. Phuoc Sang nous a ensuite invité à manger des plats de riz gluant, le banh tét, de forme ronde, et le banh chung, de forme carrée symbole du ciel et de la terre. (…) La même cérémonie s’est répétée en début d’après-midi avec Kim Anh et son mari venus souhaiter une bonne année à la famille. (…)
Toute la scène était organisée dans un esprit de respect et de hiérarchie, c’est le chef de famille qui s’est exprimé en premier, puis la maitresse de maison, et ensuite chacun des membres suivant l’ordre d’âge. Les vœux exprimaient surtout des promesses d’obéissance, de respect vis-à-vis des personnes supérieures dans la hiérarchie familiale et de progrès dans les activités quotidiennes afin de consolider la fierté et l’unité de la famille. »
Les jours suivants une foule gaie remplit les rues. Les familles endimanchées se pressent dans les pagodes.
[1] N. L. Jamieson, Understanding Vietnam, Ibid. Citation reprise à son compte par Huu Ngoc, Vietnamese Lunar New Year, Thê Gioi Publishers, 2003.
[2] F. Nguyen-Rouault, Une famille de Saigon, Ed. de l’aube, 1999.
[3] Ky Lam est le chef d’une famille catholique de Saigon.
[4] C’est moi qui souligne.
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L’erreur courante des étrangers a été, autrefois, d’y voir un « caractère superstitieux » des Vietnamiens (autre cliché culturaliste, rendu désormais inacceptable par nos tabous modernes). Nous allons voir que cette opposition ne peut pas être réduite à quelques croyances obscurantistes dont la modernité finira par venir à bout. Il s’agit pas non plus de valeurs (la chance, le bonheur), mais plutôt de catégories qui structurent de façon sous-jacente l’interprétation des situations sociales.
En effet de nombreux gestes inappropriés sont supposés porter malheur : « Dormir en direction de l’Ouest apporterait le deuil, la maladie et la malchance. (…) Le lit doit être orienté dans une direction favorable à l’esprit et à la santé de l’individu[1]. » Dans ce cas précis, on pourrait même croire que l’interdit tient à l’influence des valeurs religieuses – c’est parce que, dit-on, « Bouddha est mort sous son arbre dans la direction de l’Ouest ». En réalité, la logique d’interprétation paraît antérieure au Bouddhisme ou au moins plus profonde : « Tous les Vietnamiens, bouddhistes ou non, veillent à cette règle. »
Autre cas, dans une salle de bain familiale, « on ne trouve aucune serviette de toilette, chacun apportant la sienne et repartant avec. (…) Une serviette ne doit pas être utilisée par deux personnes différentes car s’essuyer le visage avec un linge ayant servi pour une autre partie du corps porterait malheur et rendrait de surcroit idiot. » Ou encore, le mari « ne touchera jamais à la lessive (…) surtout parce que cela porte malheur de toucher à des vêtements sales de femmes, a fortiori pendant leur menstruation. »
Certes on peut être frappé par le caractère archaïque de ces croyances, qui ont pu avoir cours aussi dans nos campagnes, notamment lorsqu’elles garantissent l’inégalité des rôles entre les hommes et les femmes. Mais il est quand même frappant de noter que les catégories qui servent à structurer ces interdits sont moins celles du ‘’pur’’ et de ‘’l’impur’’ – qui ont dominé dans le monde occidental[2] – que celles de la ‘’chance’’ et du ‘’malheur’’.
Pour faire simple, le contact du linge sale ne renvoie pas comme chez nous à la peur de l'impur et de la pourriture mais à une autre expérience, celle de la perte de chance et du malheur.
Au-delà de quelques interdits primitifs – que les notions modernes d’hygiène devraient faire évoluer –, la chance et le bonheur vs. la malchance et le malheur servent à mettre en ordre les valeurs sociales. Un jeune, de milieu cultivé et moderne, sera probablement peu sensible au caractère prétendument prédictif de ces tabous, mais plutôt à l’aspect non vertueux des comportements qu’ils proscrivent.
Les comportements vertueux, les bonnes actions et la générosité portent chance. Et inversement les mauvais comportements attirent le malheur. Selon Jamieson[3], autrefois, la prime éducation, les enseignements traditionnels, les contes et les proverbes, la littérature populaire présentaient « une cosmogonie qui postulait une relation de cause-à-effet entre des comportements vertueux et la bonne chance. (…) Lorsque des dérives graves de comportements produisaient une violation de l’ordre naturel, des mécanismes compensatoires – aussi naturels que la loi de la gravité ou la lumière de la lune – devaient rétablir l’équilibre. Les frères ainés qui abusent de leur pouvoir, les femmes désobéissantes, les prêtres rapaces et autres mécréants attirent sur eux le malheur. Parfois les comportements impropres apportent le malheur aux autres membres du groupe, au sein duquel on partage la responsabilité et le prestige. Inversement, les familles vertueuses, qui préservent l’ordre de la nature par leur bon comportement, qui observent hieu [piété filiale] et de [respect], en étant loyales et généreuses, obtiennent la prospérité et la chance, comme des cadeaux bien mérités des dieux. »
Il ne s’agit donc pas de superstition, mais de renvoyer à ce qui fait naître la crainte entre toutes – la mauvaise chance (non l’impureté) – ou au contraire fait entendre l’aspiration ultime – le bonheur (plutôt que la pureté).
[1] F. Nguyen-Rouault, Une famille de Saigon, Ibid.
[2] M. Douglas, De la souillure, Essais sur les notions de pollution et de tabou, Maspero, 1971. L’auteur montre le lien qui va de l’impureté religieuse, telle qu’elle apparaît dans la Bible, pour donner naissance aux notions actuelles d’hygiène.
[3] N. L. Jamieson, Understanding Vietnam, Ibid.
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jan 12, 2008
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oct 27, 2007
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sep 03, 2007
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