fév 28, 2010
Brève 4, Avec toutes sortes de courtoisies et de familiarité
J'ai relevé ce récit étonnant d'un missionnaire, au tout début du XVIIème siècle[1] : « Lorsque nous entrons pour la première fois en quelque endroit de leur terre, [alors que les habitants des autres nations de l'Orient] s'empressent de fuir, en Cochinchine, c'est tout le contraire, ils nous accostent en foule, nous font mille questions, nous invitent à manger avec eux, et en usent, en somme, avec toutes sortes de courtoisies, de familiarité et de grande civilité. »
La formulation est devenue désuète, mais les faits sont intacts. Quatre siècles plus tard, après bien des bouleversements et des interdictions politiques, malgré plusieurs guerres avec l'étranger, malgré la colonisation... l'empressement, l'accueil et la familiarité demeurent. Aujourd'hui, lorsque nous traversons un village, nous sommes accostés, questionnés sur notre origine et sur notre famille, invités à partager un thé ou un repas de noce.
Voilà un cas de permanence qui condamne les raisonnements causalistes attribuant tel comportement culturel à une cause historique. Sinon, dans l'exemple précédent, les interdits impériaux, les révolutions politiques, les guerres, et enfin l'occupation coloniale auraient dû avoir eu raison de cet accueil « naturel » des Vietnamiens.
Tout raisonnement causaliste - pourtant largement répandu - est erroné.
Primo, il n'y a pas de comportement qui soit généralisable. Un comportement n'existe que par rapport à un contexte, dans lequel il revêt sa signification. L'accueil enjoué qui est donné à l'étranger de passage est synonyme de prestige au village. Mais cet accueil ne s'impose plus lorsqu'il s'agit d'entrer en affaire ; dans ce cas, la méfiance, l'intérêt et l'efficacité priment.
Secundo, s'il n'y a pas de comportement déterminé, il n'y a donc pas plus de causalité historique. Les influences historiques sont complexes et reposent sur la longue durée. Mais, surtout, elles reposent sur la cohérence de ce qui prend sens dans le contexte local. Ainsi le respect filial envers l'autorité n'est pas « confucéen », il est antérieur (même si Confucius l'a conforté). La bureaucratie actuelle n'est pas non plus une importation coloniale française (elle a aussi ses logiques locales antérieures).
En matière d'explication culturelle, toute recherche de causalité historique conduit à clichés trompeurs. Il faut d'abord chercher la manière dont un comportement « fait sens » dans un contexte culturel donné.
Au Vietnam, l'entrée en relation avec un hôte venu d'une autre « grande civilisation » est source de prestige et de curiosité. Sa présence accroît la renommée au village de ceux qui savent ouvrir cette relation. A en croire la permanence du fait sur quatre siècle, ce prestige relève d'un sens profond et durable. Tout aussi remarquable est l'observation - inchangée - faite par le missionnaire du XVIème notant que la « courtoisie » et la « familiarité » s'associent au lieu de s'opposer. La politesse et le respect envers autrui prennent sens à partir du modèle familial.
Ce sont les manières d'interpréter les comportements qui assurent la permanence culturelle. Tandis que les déterminismes historiques conduisent à des généralisations erronées.
[1] Cristoforo Borri, 1618, in « les Européens qui ont vu le vieux Huê », Bulletin des amis du vieux Huê, 2ème semestre 1931, p. 308. Cité in A. Forest et Y. Tsuboï (dir.), Catholicisme et sociétés asiatiques, L'Harmattan, 1988.
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fév 20, 2010
Brève 3, Dix baguettes dures comme fer
Un proverbe vietnamien dit : « Une baguette est facile à casser, dix baguettes sont dures comme fer. » La chute n’a rien d'original : « dix baguettes sont dures comme fer, i.e. l’union fait la force », la maxime appartient à la sagesse des nations. Elle est universelle ; ce qui l’est moins, c’est l’ouverture : une baguette seule est facile à rompre... Toujours fragile et imparfaite.
10:04 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : proverbes, universel, union
déc 27, 2008
Discerner l’itinéraire
Le Courrier du Vietnam des 23 et 24 octobre.
Dans la parution du 23, à propos de la taxe sur les « consommations spéciales » (i.e. de luxe), le « chef de la commission économique de l’Assemblée nationale » défend l’idée de ne pas taxer les bateaux de plaisance : « Le Vietnam ayant de longues côtes, il faut encourager la croisière. La taxe ne sera appliquée qu’une fois ce type de tourisme développé. » Il n’est pas certain qu’une telle taxe aurait freiné le développement de la navigation de plaisance, mais voilà les intéressés prévenus. L’argument montre un sens de l’anticipation qui, ici, n’aura échappé à personne.
Dans la parution du 24, à propos d’un séminaire sur la peine capitale organisé par l’Institut d’Etat et de droit en collaboration avec un Institut allemand. Le journal note que l’objectif était de « chercher un itinéraire de suppression de cette peine pour certains types de criminalités. » Une manière de concevoir le débat qui paraît bien incertaine.
En nombre de circonstances, il faut savoir compter sur le cours du processus, espérer l’itinéraire.
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