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jun 07, 2009

Brève 2, Une matière grise à exploiter

La directrice d’un établissement supérieur a pris récemment cet engagement public : « Le premier cinquième de nos promotions doivent être des gens qui montrent l’excellence de nos formations. Pour les quatre cinquièmes restants, nous prenons l’engagement que chaque étudiant sera quelqu’un d’utile à la société »[1] [souligné par moi]. Pareil utilitarisme forme une évidence vietnamienne, une manière fondamentale de donner sens. Dans le contexte français, une telle affirmation ferait polémique. Un homologue français se serait plutôt engagé à former des « citoyens », ayant l'esprit « ouvert sur le monde ». Certes les deux conceptions ne sont pas nécessairement antagonistes. Mais l’énoncé des priorités diffère.

Nous avons déjà noté cette logique visant à faire valoir les « personnes utiles à la société » à propos de l’intégration des handicapés [jan. 08, Pleinement humain, pouvoir être utile] ou venant de candidats à une bourse [juin 08, Etre utile à soi-même et aux siens].

Le thème apparaît à nouveau dans la presse cette semaine à propos des Viêt Kiêu (Vietnamien de l’étranger). Le gouvernement prépare une loi qui autorisera ces derniers à acquérir des biens immobiliers. La presse fait campagne pour convaincre l’opinion du bien fondé de cette ouverture. Ce qui donne ce titre à la une du quotidien francophone : « Viêt Kiêu, une source de matière grise. Environ 400.000 spécialistes et intellectuels vietnamiens vivent actuellement à l’étranger. […] Une matière grise considérable qui profitera au Vietnam si le pays sait l’exploiter. »[2] Imagine-t-on un quotidien français expliquer que les habitants d’un département éloigné constituent une matière grise qu’il faut savoir exploiter. Qu’ici l’argument arrive à convaincre est une autre affaire. Mais il est supposé y aider et ne devrait pas choquer.

 



[1] Dr. Bui Tran Phuong, Intervention aux Etats généraux de la francophonie, 31 mars 09.

 

[2] Le Courrier du Vietnam, Dimanche 7 juin 2009.

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Commentaires

Un article du site d'actualité VnExpress titre aujourd'hui : "Encourager le repérage des policiers qui ne portent pas de casque [à moto]"

Il s'agit d'un entretien avec le Sous-colonel Nguyen Ngoc Tuan de la Police de la circulation (CSGT) dont voici un petit extrait* :
" - A quelle adresse les gens peuvent-il envoyer leurs photos de policiers en infraction ?
- Les personnes ayant photographié des agents de police en infraction, peuvent immédiatement les envoyer à la direction de la police de la province / ville pour traitement ou les envoyer à la CSGT au 120 Le Duan (Hanoi)."

La méthode proposée semble assez surprenante...

* La traduction est un peu artisanale
Source : http://vnexpress.net/GL/Xa-hoi/2009/06/3BA0FC63/

Ecrit par : camille | jun 10, 2009

Je découvre aujourd'hui seulement votre commentaire du 10 juin (désolé). Merci de m'avoir signalé cet article.
Pour nous dans un contexte français, cela s'appellerai clairement de l'appel à délation. La question serait de savoir si on a là un héritage de l'encadrement socialiste ou une perception différente - moins sensible - de la délation (i.e. dénonciation pour des motifs méprisables). Un fil intéressant à suivre...

Ecrit par : Alain | jui 20, 2009

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