mai 16, 2009
Brève 1, Suivre la voie catholique
Je publierai à l’avenir des ‘Brèves’ présentant des anecdotes et des ‘Lectures’ de textes significatifs. Certaines observations paraîtront plus claires à la lumière des analyses précédentes sur les principes et sur la ‘scène de référence’ (cf. respectivement 8 avr. 09, Un objet culturel difficile à saisir et 3 mai 09, Scènes de péril et de salut vietnamienne). Cependant mon objectif ne sera pas tant de montrer leur cohérence avec les logiques du péril et du salut vietnamien, ou mieux de les corriger. Il sera plutôt de voir la multitude de manières de mettre en scène le jeu social, moins durables, liées à un groupe particulier, à une situation ou même à une époque, mais qui sont comme autant de traductions originales de la scène de référence.
Suivre la voie morale : En visitant une pagode, une étudiante m’interroge et m’explique qu’elle est fière d’être catholique : « Do you folllow catholic, me dit-elle ? I follow catholic. » Nous disons, nous, que « nous sommes catholique », ou bien bouddhiste, etc. Tandis qu’en vietnamien, en effet, « on suit la voie religieuse » : ‘Theo đạo Thiên chúa’ ou ‘Theo đạo Phật’ ([suivre, adopter] [principe moral ou devoir] [catholique, bouddhiste…]). Le mot đạo vient lui-même du mot chinois pour désigner la voie, le chemin. Au-delà de la religion, l’idée s’applique naturellement à la piété familiale : ‘Giữ đạo nhà’, i.e. conserver la loi morale familiale, tenir la voie familiale, etc. La piété n’est pas un état ou une attitude, mais un chemin sur lequel on avance.
19:32 Publié dans Répertoires culturels | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : processus






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Commentaires
Il faudrait vérifier l'éthymologie et l'utilisation réelle de ces mots, mais voici ce qu'écrit Philippe Delalande, dans "Vietnam, dragon en puissance", L'Harmattan, 2007 (p190):
"Le mot Dieu n'existe pas en vietnamien. On utilise des périphrases assez fades, Chúa Trời, prince du ciel ou, Thượng đế, empereur d'en haut, qui évoquent plus le monde populaire des génies que la réflexion théologique. Le mot religion n'existe pas vraiment. Religare en latin signifie relier. La religion est ce qui relie la personne à son dieu créateur. Le vietnamien dira Tôn giáo pour traduire religion. Mais en fait il ne traduit pas. Il propose une autre notion : Tôn, qui élève, honore; giáo, enseignement. L'enseignement qui élève. Cela n'a rien à voir avec le lien qui relie la créature à Dieu. C'est la sagesse qui se transmet pour soutenir l'homme dans son effort de vivre."
Ecrit par : Camille | jun 07, 2009
A nouveau merci pour ce commentaire très intéressant. La compréhension d'un univers de sens (vietnamien, anglais, allemand, français, camerounais, etc.) croise en effet la linguistique. Il s'agit de voir comment certains répertoires ou certains mots que l'on croît universel renvoient à des notions parfois très différentes. Dans le cas du Vietnam, le travail d'étymologie n'est pas simple mais est vraiment nécessaire.
L'exemple donné par Delalande paraît significatif. Il renforce l'idée qu'il s'agit de suivre la voie d'un enseignement moral.
Merci de vos contributions (je me suis permis de réutiliser votre précédent commentaire).
Ecrit par : Alain | jun 07, 2009
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