jan 23, 2009
C'est pas de problème !
Une étudiante vietnamienne m’a demandé récemment pourquoi « les Français s’excusaient tout le temps ».
Après avoir commis une erreur, nous nous excusons naturellement pour formuler nos regrets : « C’est la moindre des choses ! » Et, à moins que la faute ne soit d’une gravité exceptionnelle, cette politesse efface assez bien l’incident.
Cependant, plus quotidiennement, la courtoisie nous oblige – noblesse oblige – de nous excuser, pour des petits riens et sans même y prêter garde : interrompre le travail d’autrui, passer au devant dans une porte, exprimer son opinion de façon très directe, parfois donner un ordre ou demander un travail normal à un collaborateur, etc. Nous manifestons ainsi une forme de modestie et de respect. Cette forme de courtoisie s’impose autant à l’égard des supérieurs, qu’envers quelqu’un d’un rang moins élevé. Il faut notamment céder élégamment sa place à plus faible que soi. La courtoisie vise généralement à euphémiser les hiérarchies de position, pourtant bien réelles. Nos « excuses » n’expriment pas tant de la modestie, qu’une obligation de ne pas nous montrer au-dessus. Une bonne manière de montrer sa hauteur d’esprit consiste à n’écraser personne de sa superbe.
Un regard vietnamien s’en étonne à double titre : d’une part, nous semblons nous excuser plusieurs fois par jour ; d’autre part, nous ne nous excusons pas pour les mêmes raisons que celles qui valent dans le contexte local.
Si les Vietnamiens demandent « pardon », c’est également par politesse et modestie. Il s’agit bien là de valeurs universelles. Cependant elles n’agissent plus dans le même référentiel. Elles s’expriment, concrètement, dans des situations différentes et en revêtant d’autres significations.
Il arrive par exemple que l’on doive aussi s’excuser pour être passé devant un supérieur, mais c’est alors parce que l’on ne doit pas enfreindre l’ordre protocolaire. Pas besoin de s’excuser pour passer devant un subordonné. Le supérieur doit passer devant sans que nul ne songe à y déroger. A défaut la personne de rang inférieur ressent une gêne réelle. Dans certaines circonstances – dans une ambiance détendue et familière – les préséances ne s’imposent plus et dans ce cas il n’est plus besoin de courtoisie formelle… ni d’excuses. Par extension, dans une foule, chacun peut passer devant sans avoir à s’en excuser.
Tandis que les Vietnamiens apprécient la mystérieuse « galanterie française », les Français – les Françaises surtout – souffrent d’une étrange absence de courtoisie. Nous n’en sommes pas moins séduits par la gaîté et le sourire ambiant.
Autre situation, plus inquiétante, celle où une erreur a été commise – par exemple une erreur de commande dans un restaurant. L’incident peut déchaîner une cascade d’excuses, remplies de confusion. Si la défaillance est visible, le serveur préfère avancer rapidement un « Sorry ! Sorry ! », plein d’abaissement et qui vise à dédramatiser la situation. L’intéressé tend spontanément à penser qu’il est à l’origine de l’erreur. Le fait de s’excuser exprime plus que des regrets, une profonde reconnaissance de ses lacunes. Sa culpabilité lui apparaît si grande que, souvent, chacun préfère chercher à nier le problème, voire à le faire disparaître. Il pourra expliquer plus ou moins confusément qu’il n’y a « pas de problème », que cela ne change rien, qu’il suffira d’attendre une autre fois, etc. En vietnamien : « Khong sao ». En français : « Ce n'est rien », « Pas de problème ! ».
Il existe ainsi deux manières de dédramatiser les tensions quotidiennes. Dès qu’une inquiétude surgit, la première façon consiste à s’excuser bien vite, en faisant ainsi comprendre que l’on prend humblement sur soi toute cause d’erreur. La seconde consiste en lançant « c’est pas de problème. »






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Commentaires
En Chine aussi ,toutes les "petites expressions " de la politesse quotidienne qu'on apprend chez nous dés l'enfance ,merci ,bonjour ,bonsoir,s'ilvous plait ,excusez moi ,pardon ,ne sont que rarement utilisées .On ne remercie pas un commerçant qui vous sert,on ne remercie pas ses parents à table pas plus qu'on ne dit bonjour ni bonsoir en famille.ces mots ,chez nous,sont presque vides de sens .Quand on les utilise en Chine ,car ils ont leur traduction ,ils sont pleins de sens ,c'est pourquoi on les utilise rarement.
Ecrit par : marie france | jan 29, 2009
Merci de vos observations très intéressantes.
Dans cet article, la phrase "Khong sao" et non pas "Khong sau" ne se traduit pas littéralement "Il n'y a pas d'étincelles". Le mot "sao" ici ne veut pas dire "étincelle", "étoile", ou "quelque chose étincellant" comme vous le croyez. En fait, il s'agit d'un homophone et dans cette phrase, il est équivalant à "il n'y a pas de quoi", "il n'y a rien".
Ecrit par : Dong DAO | mai 12, 2009
Merci beaucoup de votre commentaire. Je vais corriger ces erreurs.
Ecrit par : Alain | mai 14, 2009
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