déc 22, 2008
La « maison tube », permanence et changement d’un habitat
La « maison tube » vietnamienne nous est étrange. Tant par sa forme extérieure : un parallélépipède plat à l'étroite façade, de style baroque, encadrée latéralement de deux parois aveugles en béton brut. Que par son organisation interne : des pièces en longueur, en enfilade les unes sur les autres, sans ouvertures extérieures, distribuées sur plusieurs étages.
Difficile de comprendre la relative permanence d’un habitat apparemment peu adapté à notre idée du confort moderne : une vie intérieure sur plusieurs étages, des pièces sans lumière naturelle et peu aérées, des parois en béton accumulatrices de chaleur, etc. Si aujourd’hui on voit émerger des maisons plus spacieuses, on n’en est pas moins étonné de la stabilité de certains schèmes. Tout humain rêve généralement de reconstruire – en plus beau – le nid de son enfance.
Certes, dans les centres-villes, le bâti est contraint par le foncier, découpé en longues lanières. Mais la maison tube se reproduit bien au-delà des villes dans les nouveaux faubourgs, dans les villages et même en plein champ. Sa structure physique correspond à un mode de vie, imprimé dans les esprits et les habitudes depuis de nombreuses générations.

Selon les historiens, la structure tout en longueur serait apparue au début du millénaire en réponse à la fiscalité chinoise qui taxait la largeur des façades. A croire aussi que l’impôt est vite devenu égalitaire, à en juger par les parcellaires découpés en bandes d’égales largeurs. Mais cette « origine » – devenue mythique puisqu’elle n’a plus de raison d’être depuis longtemps – n’a que peu d’importance. L’étonnant reste ce mélange d’évolution et de permanence du modèle.
Le premier logement aurait été une petite échoppe, étroit sur sa façade. Puis les maisons se sont allongées, dans leur arrière cours, par une succession de pièces et de courettes. Avec l’enrichissement, un étage est apparu. Mitoyennes, les habitations n’avaient pas de fenêtres latérales. Les seules ouvertures externes – en dehors de la devanture – étaient les courettes intérieures. Avec l’apparition du béton, les maisons se sont surélevées, en restant circonscrites dans leur parcelle. Le « tube », allongé au sol, s’est étendu en une sorte de boite verticale. Même dans les campagnes, au beau milieu des rizières, ces parallélépipèdes ont rarement des fenêtres latérales, à l’exception de fenestrons d’aération… et parfois, pour les plus riches, des fenêtres peintes en trompe l’œil... La face avant est peinte dans des verts, des jaunes, des roses ou des violets kitch.
En ville, la première pièce d’entrée servait d’espace de vie : à la fois boutique, garage, salon, coin réchaud, salle à manger, et pièce de repos (au moins un lit pour le boutiquier). La multiplication récente des motos (qui ont remplacé les vélos et probablement les charrettes d’autrefois) tend à coloniser l’espace, allant jusqu’à envahir l’accès des clients.
La croissance économique des vingt dernières années s’est traduit par une forte poussée de maison tubes. En même temps les goûts ont évolué. Des bâtisses plus trapues, de style néocolonial riche, côtoient désormais les hauts parallélépipèdes. Mais ces derniers continuent aussi d’imposer leur style. Des experts français, qui ont cru bon récemment d’en recommander l’interdiction dans un centre-ville ancien, risquent d’en être pour leur frais.
Et même lorsque la maison s’élargit, on trouve aussi une relative permanence de l’organisation intérieure, comme le montre le dépliant d’un promoteur immobilier[1].
Les modes de vie et l’architecture évoluent sous la pression de la société de consommation mondialisée. Toutefois certains modes de vie perdurent, maintenus par des éléments plus structuraux, pouvant tenir tant à la contrainte physique du foncier qu’à un attachement profond aux modes de vie.
[1] Je remercie Cécile ROLS à qui je dois plusieurs idées ainsi que ce dépliant.






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Commentaires
Bonjour, je suis surpris de lire que l'on trouve ce genre de maisons 'insolites' même dans la campagne. C'est très intéressant de voir comment ce style s'est propagé et comment il a fini par s'inscrire dans la culture.
Il est difficile de s'en rendre compte sur les photos, mais auriez-vous une idée de la surface moyenne d'un étage?
Cordialement, Julien
Ecrit par : Julien Simery | déc 29, 2008
Déolé mais je n'ai pas la réponse sur la surface. Je pense que les surfaces sont très variables.
Ecrit par : Alain HENRY | déc 30, 2008
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