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nov 02, 2008

Politiques et gens ordinaires

Le langage oppose couramment « politiques » et « gens normaux » (ou encore ‘officiels’ vs. ‘experts’, ‘chefs’ vs. ‘techniciens’).

Une coupure sociale qui s’exprime notamment dans le protocole. Lors d’un déplacement en France d’une délégation vietnamienne, le président du Comité Populaire qui dirigeait la délégation fut mécontent d’avoir à voyager dans le bus collectif. En effet lorsque nous nous déplaçons au Vietnam, notre chef de délégation bénéficie d’une voiture séparée (à l’inverse du président vietnamien, lorsque j’occupe cette place, j’éprouve malgré moi un léger pincement à l’idée d’être ainsi mis à part).

Au 19ème siècle, un mandarin vietnamien[1] en visite dans les Indes néerlandaises (actuelle Jakarta) s’étonnait déjà de ce que les Hollandais ne « faisaient aucune différence entre les officiels et les gens ordinaires, […] que ce soit pour monter en voiture ou pour s’asseoir sur une chaise. » Le caractère « sommaire » de la « pratique des rites » et des « cérémoniels protocolaires » chez les Occidentaux révélait à ses yeux une méconnaissance des enseignements de Confucius qui en faisait des « barbares », « bien qu’ils excellent dans toutes sortes de talents. »

Un étudiant s’est étonné devant moi de ce que, en France, on « critique même le Président de la République ».

La distinction entre ‘politiques’ et ‘gens ordinaires’ ne semble pas attachée à la personne. Elle varie selon les circonstances. Mais la personne de celui qui, à un moment donné, occupe la position du ‘chef’ est pour ainsi dire séparée. Ici on aime bien les voitures à vitres fumées qui empêchent de voir celui qui est à l’intérieur. Dans les repas officiels, les plus gradés se retrouvent tous à la même table. Cette séparation est rompue avec le lancement des toasts, chacun devant aller trinquer avec chacun. Tandis qu’en France, on étudie savamment le degré de noblesse de chacun afin de répartir entre les tables des personnes d’importance.

Celui qui occupe la place du politique est mis dans une bulle protégée par les rituels protocolaires.



[1] Phan Huy Chu, Récit sommaire d’un voyage en mer (1833), traduit et présenté par Phan Huy Lê, Claudine Salmon, et Ta Trong Hiêp, Cahiers d’Archipel, 1994. C’est moi qui souligne les termes en italique.